L'accessibilité numérique pour tous
Repenser les systèmes d’authentification pour garantir l’accès des services numériques aux personnes déficientes visuelles.
1. Les enjeux
Projet Alias : pour une authentification inclusive et sécurisée
Se connecter à un service numérique est devenu un geste du quotidien. Pourtant, pour de nombreuses personnes déficientes visuelles, cette étape peut constituer un véritable obstacle. Entre exigences de sécurité et manque d’accessibilité, l’authentification devient parfois un frein à l’autonomie plutôt qu’un moyen de protection.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, près de 36 millions de personnes sont non-voyantes dans le monde et ce chiffre pourrait atteindre 115 millions d’ici 2050.
Les personnes déficientes visuelles utilisent des lecteurs d’écran, des plages braille ou encore des logiciels d’agrandissement pour accéder aux services numériques. Leur autonomie dépend directement de la qualité de conception des interfaces.
En savoir plus
En France, la déficience visuelle concerne environ 1,7 million de personnes, dont près de 207 000 sont aveugles ou présentent une déficience visuelle profonde [Déficience visuelle (DV) chez l’adulte : Prévalence & étiologies – Fiche conseil – Professionnel de santé et le handicap]. Ces données s’inscrivent dans une dynamique qui tend à augmenter, notamment en raison du vieillissement de la population. À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime qu’environ 285 millions de personnes vivent avec une déficience visuelle, dont 39 millions sont aveugles [Cécité et déficience visuelle].
Cette augmentation s’inscrit en parallèle d’une transformation plus large des usages du quotidien, de plus en plus structurés par le numérique et la dématérialisation des services. De nombreuses démarches qui se faisaient auparavant en guichet ou en face à face sont désormais effectuées par des plateformes en ligne, devenant progressivement le principal point d’accès aux services. Dans ce contexte, les personnes déficientes visuelles utilisent différents outils d’assistance qui leur permettent d’interagir avec ces environnements numériques. Les lecteurs d’écran, par exemple, transforment les éléments affichés à l’écran en synthèse vocale ou encore en braille via une plage braille, permettant ainsi une lecture non visuelle des contenus. La synthèse vocale restitue les textes à l’oral, tandis que les plages de braille permettent une lecture tactile des informations. Les loupes d’écran facilitent l’agrandissement des contenus, et la navigation au clavier offre une alternative à l’usage de la souris pour se déplacer dans les interfaces.
Toutefois, l’efficacité de ces outils dépend directement de la manière dont les services numériques sont conçus et structurés. Dans un environnement où les démarches se dématérialisent et où les interactions passent de plus en plus par des interfaces en ligne, cette compatibilité devient essentielle pour permettre un accès réel aux services. Cela amène ainsi à s’intéresser à la manière dont les services numériques sont pensés, notamment pour les étapes essentielles comme la connexion ou l’accès aux espaces sécurisés.
Le RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité) impose depuis 2019 aux organismes publics de rendre leurs services numériques accessibles. Pourtant, 86 % des sites publics présentent encore des non-conformités majeures. Les interfaces numériques restent largement hostiles aux utilisateurs de lecteurs d’écran.
Découvrir les principes
L’accessibilité numérique désigne l’ensemble des pratiques visant à rendre les sites web, les applications et les services en ligne utilisables par tous, y compris par les personnes en situation de handicap. Elle constitue aujourd’hui un enjeu majeur, alors que de nombreuses démarches du quotidien, administratives, bancaires ou encore personnelles s’effectuent désormais en ligne. Pour les personnes déficientes visuelles, elle est essentielle : sans un site adapté, consulter des informations, remplir un formulaire, accéder à un compte ou réaliser une démarche peut devenir difficile, voire impossible. Cette situation peut entraîner une perte d’autonomie et limiter l’accès à des services pourtant indispensables.
Afin de garantir cette accessibilité, la France s’appuie sur le RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité), le cadre de référence officiel pour les services numériques. Ce référentiel comprend 106 critères permettant d’évaluer l’accessibilité d’un site ou d’une application. Ces critères concernent de nombreux éléments courants, tels que les images, les tableaux, les couleurs, les vidéos ou encore les formulaires.
L’ensemble de ces critères repose sur quatre principes fondamentaux : les contenus doivent être perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes. Cela signifie que les informations doivent pouvoir être perçues de différentes manières, que la navigation doit être possible avec divers modes d’interaction, que les contenus doivent être clairs et faciles à comprendre, et que les services numériques doivent rester compatibles avec les technologies d’assistance ainsi qu’avec différents outils de navigation.
Concrètement, l’accessibilité numérique implique que les images disposent d’un texte alternatif pour les lecteurs d’écran, que les couleurs ne soient pas le seul moyen de transmettre une information et que les formulaires puissent être utilisés aussi bien au clavier qu’à la souris. Ces bonnes pratiques permettent aux personnes utilisant des technologies d’assistance d’accéder aux contenus et aux fonctionnalités dans des conditions proches de celles des autres utilisateurs.
Toutefois, malgré l’existence de ce cadre réglementaire et technique, la conformité des sites web reste encore très limitée, voire inexistante. Une enquête de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France indique que seuls 2,52 % des sites et applications respectent réellement leurs obligations d’accessibilité. Parmi plus de 4 250 sites contrôlés, moins de 0,5% sont totalement conformes au RGAA. Le constat est également préoccupant dans le secteur public : sur plus de 500 sites de communes étudiés, seuls trois seraient pleinement conformes et aucune préfecture ne respecterait l’ensemble de ses obligations [Accessibilité numérique en France : des résultats accablants ! – Abilitis, 31/01/25]. Une autre enquête révèle par ailleurs que 96% des sites communaux sont insuffisants ou non conformes, et que moins d’une commune sur 10 propose un site réellement accessible aux personnes malvoyantes ou aveugles [Accessibilité numérique : 96% des sites communaux sont non conformes, 08/07/25].
Face à ce constat, l’accessibilité numérique ne constitue pas seulement une bonne pratique, mais également une obligation légale. En France, elle s’inscrit dans le cadre de la loi du 11 février 2005. En cas de non-respect de ces obligations, une mise en demeure peut être prononcée, suivie d’une sanction administrative pouvant atteindre 50 000 euros par service numérique pour les organismes du secteur public.
CAPTCHA, double authentification, codes temporaires… Ces mécanismes renforcent la sécurité, mais deviennent parfois des obstacles lorsqu’ils ne sont pas conçus pour être accessibles.
Comprendre les défis
Les systèmes d’authentification peuvent rapidement devenir une source de difficulté pour les personnes aveugles ou malvoyantes lorsque la majorité d’entre eux reposent sur des éléments visuels ou lorsqu’ils sont mal pris en charge par les technologies d’assistance. Par exemple, un CAPTCHA basé sur l’identification d’image, un champ de saisie mal interprété par un lecteur d’écran ou une étape nécessitant une observation visuelle précise peuvent empêcher l’accès à un service numérique [Moreno, 2023 ; Dosono, 2015].
À ces difficultés s’ajoute l’essor de l’authentification multifacteur (MFA), une méthode conçue pour renforcer la sécurité des comptes en demandant plusieurs preuves d’identité lors de la connexion. Bien que cette approche améliore la protection des utilisateurs, elle multiplie également les étapes nécessaires pour accéder à un service. Chaque étape supplémentaire peut compliquer le parcours de connexion, augmenter le risque d’erreur et rendre l’expérience plus difficile à suivre [Hayes et al., 2019]. Cette complexité peut avoir des conséquences concrètes sur l’utilisation des services numériques. Des travaux montrent que 65% des utilisateurs considèrent le MFA comme difficile à utiliser, tandis que 70% estiment que ces procédures complexes perturbent leurs activités quotidiennes. Pour de nombreuses personnes déficientes visuelles, l’authentification ne constitue donc pas une simple étape technique : elle conditionne l’accès aux services, la protection des données personnelles et la capacité à effectuer des démarches de manière autonome [Briotto, 2018].
1,7 million
De personnes déficientes visuelles en France
≈ 300 millions
De personnes concernées dans le monde
96 %
Des sites communaux présentent des problèmes d’accessibilité
2,5 %
Seulement des sites respectent réellement les obligations d’accessibilité
Notre ambition
Concevoir des solutions d’authentification qui soient à la fois sécurisées, accessibles et simples à utiliser, afin que les déficients visuels puissent accéder aux services numériques en toute autonomie.
2. Les acteurs
Rencontrez nos équipes
Le consortium CeRCA et Open Sezam
Le CERCA
ALIAS un projet sous la direction du Centre de Recherches sur la Cognition et l’Apprentissage (CeRCA)
Le projet est piloté par le Centre de Recherches sur la Cognition et l’Apprentissage (CeRCA), un laboratoire de psychologie cognitive de l’université de Poitiers et du CNRS.
L’équipe « Interactions : Sensorimotricité et Communication » se focalise sur les interactions humaines avec l’environnement. Le projet est dirigé par le Dr. Nicolas Louveton, enseignant-chercheur en ergonomie cognitive à l’Université de Poitiers.
Open Sezam
Open Sezam, entreprise à mission qui œuvre à développer un numérique de confiance, plus simple, plus accessible, durable et souverain
La société a été cofondée et est dirigée par Emilie Bonnefoy, Présidente et Directrice Générale et par le Dr Pierre-Guillaume Gourio-Jewell, Directeur des technologies. L’équipe opérationnelle est constituée de ressources d’experts techniques essentiellement spécialisés dans les domaines de l’ingénierie logicielle, de l’architecture réseau, de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle.
Open Sezam est une entreprise à mission, avec la raison d’être suivante : « Œuvrer en faveur de la confiance numérique des utilisateurs de services en ligne ou d’objet connectés en développant des solutions et des outils numériques accessibles, durables et souverains ».
Open Sezam vise, notamment grâce au projet présenté ici, à être accessible à tous les utilisateurs disposant d’un téléphone portable ; elle aura un impact positif sur les personnes qui rencontrent des difficultés à se rappeler leurs mots de passe, comme les personnes âgées ou celles ayant des troubles cognitifs.
Enfin, L’impact environnemental d’Open Sezam est réputé neutre : à la marge, la solution pourrait permettre de réduire la consommation énergétique des centres de données aujourd’hui utilisés pour stocker les milliards de mots de passe utilisés dans le monde.
Open Sezam s’efforce également de minimiser son empreinte écologique en optimisant ses algorithmes pour réduire la consommation d’énergie nécessaire à l’exécution des tâches. Les données sont compressées, les calculs redondants sont éliminés et les modèles les plus efficaces sont utilisés pour une utilisation plus efficace des ressources informatiques.
Liste des soutiens du projet
Nous tenions à remercier l’ensemble des acteurs, institutions, entreprises et associations qui soutiennent ce projet engagé pour l’inclusion numérique.
3. Les travaux
Le projet ALIAS : une démarche centrée utilisateurs
ALIAS est un projet de recherche interdisciplinaire mené par différentes équipes spécialisées en accessibilité numérique, sécurité informatique et interaction humain-machine.
ALIAS est un projet de recherche interdisciplinaire mené par différentes équipes spécialisées en accessibilité numérique, sécurité informatique et interaction humain-machine.
Son objectif principal : comprendre précisément pourquoi et comment les systèmes d’authentification actuels excluent les personnes déficientes visuelles, et proposer des solutions concrètes, testées et validées scientifiquement, utilisables par les utilisateurs concernés.
Durée
24 mois (2025-2027)
Financements
ANR
Objectifs
1. Identifier et documenter les obstacles à l'authentification pour les déficients visuels
2. Adapter et rendre accessibles les différentes solutions d’authentification selon les règles WCAG et RGAA
3. Évaluer et tester les solutions (lien magique, mots de passe, biométrie…) sur différents appareils
4. Recommander les solutions préférées
5. Identifier les différents facteurs permettant le sentiment de sécurité et d’autonomie
6. Diffuser les résultats scientifiques
1
État de l'art
Revue systématique de la littérature sur les méthodes d’authentification existantes et leur niveau d’accessibilité mesuré.
2
Recherche utilisateurs
• Diffusion d’un questionnaire et animation de focus group afin de comprendre les usages du numériques et les obstacles rencontrés avec l’authentification pour les personnes déficients visuelles.
• Construction de personnas et de user flows.
3
Audit d'accessibilité
Tests et améliorations de l’accessibilité des outil d’authentification d’Open Sezam.
4
Tests d'utilisabilité
Tests des solutions d’authentifications (mot de passe, biométries faciale et digitale, lien magique) auprès de malvoyants et non-voyants.
5
Recommandations
En croisant toutes les données : fournir des recommandations sur les méthodes d’authentification les plus adaptées et leurs mises en place d’un point utilisabilité et accessibilité.
6
Publications scientifiques
Diffusion de nos résultats et rédaction scientifique.
La démarche du projet suit une approche de conception centrée utilisateur, combinant revue de la littérature, UX Design et ergonomie cognitive
300
Répondants au questionnaire
4
Focus Group
8
Interfaces rendues accessibles
2
Articles publiés
Principaux enseignements
La majorité des interfaces numériques ne sont pas accessibles aux déficients visuels.
La biométrie est perçue comme la solution la plus confortable.
Beaucoup de déficients visuels ne sont pas complètement autonomes face à l’authentification et dépendent de leur entourage.
Certains participants sont inquiets face au stockage et à l’utilisation de leurs données sensibles, ce qui limite leur utilisation de la biométrie.
En cours et à venir
Audit d’accessibilité
Tests utilisateurs et publication sicentifique
Seconde phase recherche utilisateurs : sentiment d’autonomie et de sécurité, contexte d’utilisation
Second test utilisateurs : compréhension de la conscience de situation, publication scientifique
4. Les ressources
Pour aller plus loin
Nicolas Louveton, Cassandre Simon
The conversation
La grande Ourse
Gabrielle Pavia
Gabrielle Pavia
Projet Alias
Toussaint, C., Chateau, B., Gourio-Jewell, P.G., Bonnefoy, E., & Louveton N. (2025, October)
In Proceedings of the 36th Annual Conference of the European Association of Cognitive Ergonomics (EACE) (pp.1-4).
Accessibilité
Dosono, B., Hayes, J., & Wang, Y. (2015)
In Eleventh Symposium On Usable Privacy and Security (SOUPS 2015) (pp. 151-168).
Accessibilité
Moreno, L., Petrie, H., & Schmeelk, S. (2023, August)
In 36th International BCS Human-Computer Interaction Conference (pp. 189-198). BCS Learning & Development.
Accessibilité
Faustino, D., & Girouard, A. (2018, October)
In Proceedings of the 20th International ACM SIGACCESS Conference on Computers and Accessibility (pp. 217-228).
Utilisabilité
Hayes, J., Kaushik, S., Price, C. E., & Wang, Y. (2019, August)
In Proceedings of the Fifteenth Symposium on Usable Privacy and Security (SOUPS 2019) (pp. 1-20). USENIX Association
5. Les actualités
Dernières nouvelles
1 juin 2026
Publication
Publication d'un article de vulgarisation scientifique
Notre article de vulgarisation scientifique sur l’accessibilité du numérique pour les personne déficientes visuelles et sur les démarches de notre projet a été publié dans The Conversation.
The Conversation est un média indépendant australien en ligne et à but non lucratif, qui propose des articles de vulgarisation traitant de l’actualité et provenant directement de la communauté universitaire et plus largement du monde de la recherche.
6 octobre 2025
Publication scientifique
Publication d'un article dans une revue scientifique
Notre article : “Inclusive by design: Developing Barrier-Free Authentication for Blind and Low Vision Users through the ALIAS Project” a été publié dans la revue ACM.
7. Contact
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